CinémaCritiques de films
Crédit photo : Chuck Zlotnick @ Marvel
Le cinéaste indépendant Jake Schreier assure la réalisation de ce trente-sixième opus du Marvel Cinematic Universe, alors que la saga n’a plus le même poids critique et commercial qu’elle avait, il n’y a que quelques années.
La qualité des films a diminué, l’univers a grandi trop rapidement avec une panoplie de séries télévisées sur Disney+, et le public se sentait maintenant obligé de passer d’innombrables heures devant la télévision pour comprendre un film de deux heures. Ainsi, regarder des films (ou des séries) du MCU n’était donc plus un divertissement, mais devenait un devoir.

Taskmaster (Olga Kurylenko) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025
Si vous n’aviez pas vu la série télévisée The Falcon and the Winter Soldier, par exemple, il était fort probable que vous ne compreniez pas Captain America: Brave New World qui, et c’était prévisible, a été un échec critique et commercial.
Pour Thunderbolts*, Schreier a pour tâche de redonner un peu de saveur formelle et thématique à une franchise qui en manque grandement, et il n’est pas le seul artiste issu du cinéma indépendant à faire partie du projet.
Les compositeurs Son Lux (Rafiq Bhatia, Ian Chang et Ryan Lott, notamment connus pour la bande sonore d‘Everything Everywhere All at Once), le directeur photo Andrew Droz Palermo (A Ghost Story, The Green Knight), le monteur Harry Yoon (Minari, Beef) et la conceptrice artistique Grace Yun (Hereditary, Past Lives) ont tous fait leur marque à travers des films produits par la boîte de distribution A24 avant d’entrer dans le monde du blockbuster.
Avec tout ce talent derrière la caméra, peut-être que Thunderbolts* aurait pu se différencier des derniers opus sans personnalité que Marvel Studios ont sortis en salle.
La bonne nouvelle, c’est que le scénario d’Eric Pearson et de Joanna Calo traite de sujets que peu de films de superhéros ont explorés jusqu’à présent. Malheureusement, ce n’est pas aujourd’hui que Marvel retrouvera sa magie, car ce film est aussi fade et ennuyeux que les opus précédents d’une saga sans réelle vision ou continuité. Et c’est d’autant plus dommage, puisque les personnages réunis ici, dans cette histoire qui se veut à l’encontre des Avengers, sont tous aussi intéressants les uns que les autres.
Ce ne sont pas des «héros» typiques; ce sont des personnages aux prises avec un passé sombre qu’ils ne désirent pas revisiter, et ils doivent maintenant payer pour leurs actions en accomplissant des missions pour une figure qui a de nombreux squelettes au placard. Le passé de Yelena la traumatise tellement qu’elle souffre de dépression; le meurtre d’un citoyen innocent causé par bouclier de Captain America comme arme a terni la réputation publique — et le mariage — de John Walker; et l’entrée en politique de Bucky Barnes comme membre du Congrès américain n’est pas bien reçue, considérant qu’il était auparavant un assassin pour HYDRA.

Yelena Belova (Florence Pugh) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025
Bref, ces derniers ont tous une histoire riche qui mérite d’être développée à travers un film où ils sont forcés de travailler ensemble pour exposer les activités illégales de Valentina, qui met la sécurité de l’univers en danger.
Une représentation superficielle des vulnérabilités des antihéros
Les héros typiques de Marvel présentent tous des vulnérabilités, mais les figures que présente Jake Schreier sont toutes défectueuses avec plusieurs aspects à examiner. Théoriquement, le scénario qui explore ces personnages individuellement et qui nous montre leur part dans l’histoire pour la première fois pourrait être intéressant, mais il y a très peu de développement psychologique durant les 123 minutes que dure ce film.
On préfère donner la vedette à Yelena plutôt que d’explorer de façon équitable les autres protagonistes qui méritent autant leur temps sous les projecteurs. Par exemple, Taskmaster est l’un des antagonistes les plus intéressants de l’univers Marvel, en bande dessinée, et dans la façon dont Cate Shortland l’a examinée dans le film Black Widow. On avait mis la table pour une figure moralement complexe, qui n’a toujours pas accepté son passé, et qui a besoin de beaucoup de support moral pour surmonter ses démons, autant intérieurs qu’extérieurs.
Sans rien divulgâcher, ce que le réalisateur fait avec le personnage est à la limite de l’insulte pour les fans de l’univers Marvel, et du talent d’Olga Kurylenko, une actrice sensationnelle qui avait joué le personnage avec brio lors de sa dernière apparition. La même chose pourrait être dite pour Ghost qui, malgré une solide performance d’Hannah John-Kamen, n’a aucun matériel afin de développer son personnage de façon intelligente, alors que le plus intéressant de tous, John Walker, devient une machine à punchlines, enlevant la texture dramatique de son temps qu’il a passé dans la série The Falcon and the Winter Soldier.
C’était peut-être une mauvaise chose d’obliger son public à regarder une série télévisée de six épisodes pour comprendre un film, mais Walker est carrément la meilleure partie de cette émission, et la performance incroyable de Wyatt Russell vient solidifier notre dégoût de le voir commettre des gestes qui vont à l’encontre de ce que la figure de Captain America représente. Heureusement, rien n’a été retenu de cette expérience avec Walker dans Thunderbolts*, même si Russell essaie, tant bien que mal, d’insuffler un peu de vigueur dans son jeu, alors que le scénario ne lui donne pas grand-chose pour l’aider à immortaliser le personnage au grand écran.
Thunderbolts* aborde les thèmes de la dépression et des problèmes de santé mentale, surtout lors de la dernière partie. C’est très louable qu’un film désire aborder ces sujets de manière franche, mais la façon dont Schreier les met en scène laisse à désirer. Sans trop entrer dans les détails et ainsi révéler les développements scénaristiques, la représentation de la dépression de Yelena est très superficielle et ne fait qu’effleurer la surface de ses problèmes. La résolution qu’offrent les scénaristes est très simpliste et peut carrément blesser des individus qui souffrent réellement en silence. Nous sommes d’ailleurs très loin des représentations empathiques qu’ont offertes Mike Leigh et Jaume Collet-Serra dans Hard Truths et The Woman in the Yard qui, sans juger leurs protagonistes, comprennent le cauchemar perpétuel qu’elles vivent et nous placent justement dans ce cauchemar.

Alexei Shostakov / Red Guardian (David Harbour) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025
Schreier en a fait l’essai avec le personnage de Bob / Sentry / The Void (Lewis Pullman), mais échoue à réellement partager quelque chose de poignant au moment où Yelena sympathise avec les problèmes qu’il vit depuis son jeune âge. Même en se transportant dans son univers lors du climax, le réalisateur a de la difficulté à transmettre un message qui explore en profondeur ce que vivent ces deux protagonistes dans leur vie quotidienne.
Peut-être que mes attentes étaient trop élevées à ce sujet, mais Moon Knight avait précédemment traité de dépression et de solitude dans l’univers Marvel d’une manière beaucoup plus compatissante que Thunderbolts*, et ce, lors d’un simple épisode de 50 minutes.
Florence Pugh et Lewis Pullman sont les meilleures parties d’un film qui possède bien peu de qualités cinématographiques
C’est donc Florence Pugh qui possède la quasi-totalité du matériel intéressant du film à travers son exploration des vulnérabilités de Yelena comme nous ne l’avons jamais vue. À l’intérieur de sa personnalité se cache une figure brisée, qui préfère ne pas se souvenir de son enfance dans le «Red Room» plutôt que de confronter ce qu’elle a vécu directement. Le vide abyssal du personnage de Pugh se contrebalance bien avec la performance émotionnellement dévastatrice de Pullman, qui donne vie à l’un des plus grands superhéros jamais créés pour les BD de Marvel.
D’ailleurs, Pullman n’était pas le premier choix pour interpréter Robert Reynolds. C’était Steven Yeun qui avait décroché le rôle, mais ce dernier a dû quitter le projet lorsque, quelques jours avant le début du tournage, la grève des scénaristes et des acteurs a forcé son arrêt (l’assistante de Valentina, Mel, était initialement jouée par Ayo Edebiri, mais a été remplacée par Geraldine Viswanathan pour les mêmes raisons).
Cependant, après avoir vu le film, il est difficile de trouver mieux pour jouer Sentry. Pullman le comprend parfaitement et interprète la vision qu’avait Paul Jenkins lorsqu’il a créé la figure dans les bandes dessinées, surtout lors d’une scène d’action incroyablement efficace. Il est difficile de décrire le rôle qu’il entreprend sans révéler quoi que ce soit, mais les fans finis seront bien servis.
Il est toutefois malheureux qu’après Daredevil: Born Again, qui a montré les potentialités artistiques que le MCU peut avoir par le biais d’un jeu expressif avec les couleurs, les ombres et les lumières, que Schreier ait désiré tourner Thunderbolts* de la manière la moins impressionnante possible, malgré les caméras IMAX à sa disposition et un directeur photo talentueux.
Et ce n’est d’ailleurs pas le premier rodéo pour Andrew Droz Palermo dans cet univers. Ce dernier a travaillé avec les cinéastes Justin Benson et Aaron Moorhead (qui ont aussi réalisé les meilleurs épisodes de Daredevil: Born Again) pour les épisodes deux et quatre de la série Moon Knight, qui montrait comment la caméra peut devenir un personnage à part entière et peut brouiller les frontières entre la fiction et la réalité, alors que le protagoniste plonge encore plus fort dans une dépression sans issue.

John Walker (Wyatt Russell), Ghost (Hannah John-Kamen), Yelena Belova (Florence Pugh) et Alexei Shostakov / Red Guardian (David Harbour) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025
J’espérerais sincèrement que Droz Palermo applique les techniques qu’il a su perfectionner avec Benson et Moorhead pour Thunderbolts* au lieu de représenter visuellement l’univers du film avec une palette de couleur grise, très grise, ou brune, comme la majorité de la saga. Malheureusement, il n’y a aucun plan qui est visuellement prenant: toutes les couleurs vives des costumes de nos héros sont délavées, et les scènes d’action, qui utilisent davantage des techniques à l’ancienne au lieu de s’appuyer sur des effets spéciaux, sont dénuées de réelles prouesses formelles. D’ailleurs, les couleurs ont tellement été désaturées que, lorsque plusieurs confrontations de nuit sont mises en scène, on y voit strictement rien, même lorsque le film passe en format IMAX, à l’aide de caméras qui montrent normalement de meilleures couleurs et une luminosité plus élevée que les caméras numériques traditionnelles.
Qui plus est, les ombres évocatrices de la bataille finale, à l’intérieur du void, n’ont aucune profondeur de champ, et les mouvements plus élaborés, tels qu’un petit plan-séquence bien construit, sont incomparables à ce que nous venons de voir dans le premier épisode de Daredevil: Born Again, qui faisait usage de plusieurs éléments théâtraux pour créer un plan-séquence spectaculaire à travers un environnement anxiogène.
En voyant ce que Marvel a fait dans le passé, tant au niveau formel que thématique, il en vient décevant qu’un film voulant donner une nouvelle vie à une franchise qui a eu de la difficulté à se réinventer depuis le succès monumental d’Avengers: Endgame ne réussisse pas à avoir la même sauce que Justin Benson et Aaron Moorhead ont donnée à travers Moon Knight, la deuxième saison de Loki et Daredevil: Born Again.
Ces projets ont tous de grandes lignes thématiques et une esthétique singulière qui donnent un modèle à Kevin Feige à suivre pour les opus futurs de cette série. Hélas, on dirait qu’il n’est pas intéressé et qu’il préfère un film superficiellement divertissant à un repas complet qui nous convaincra que ces personnages méritent leur place dans Avengers: Doomsday, qui sortira en salle l’an prochain.
Le Marvel Cinematic Universe a fait un pas dans la bonne direction avec Born Again, et j’espérais que cela continuerait dans Thunderbolts*, mais malheureusement pour eux, ils semblent coincés dans un cycle perpétuel de médiocrité, à moins d’une grande réinvention pour leur prochain film, The Fantastic Four: First Steps.
Étant un fan des personnages, et souhaitant une adaptation au calibre de ce que Stan Lee et Jack Kirby ont visualisé en 1961, je serai au rendez-vous, mais mon excitation est, pour le moment, très limitée.
Le film «Thunderbolts*» de Jake Schreier en images
Par Chuck Zlotnick @ Marvel
-
Taskmaster (Olga Kurylenko) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
Ghost (Hannah John-Kamen) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
(L-R) Yelena Belova (Florence Pugh) et Bob (Lewis Pullman) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
Yelena Belova (Florence Pugh) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
Ghost (Hannah John-Kamen), Bob (Lewis Pullman), John Walker (Wyatt Russell), Alexei Shostakov / Red Guardian (David Harbour), Yelena Belova (Florence Pugh) et Bucky Barnes (Sebastian Stan) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
John Walker (Wyatt Russell), Ghost (Hannah John-Kamen), Yelena Belova (Florence Pugh) et Alexei Shostakov / Red Guardian (David Harbour) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
(L-R) Ghost (Hannah John-Kamen), Bob (Lewis Pullman), Yelena Belova (Florence Pugh) et John Walker (Wyatt Russell) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
Bucky Barnes (Sebastian Stan) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
Alexei Shostakov / Red Guardian (David Harbour) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025 -
Bucky Barnes (Sebastian Stan) dans «Thunderbolts*» des studios Marvel. Photo: Chuck Zlotnick © Marvel 2025
L'avis
de la rédaction



